Au cœur de Managua, se cache le quartier des ultras Sandinistes

Le quartier de Bello Horizonte et plus précisément le parc des 5 héros a été construit par Thomas Borge. Ce héros révolutionnaire, torturé dans les geôles du président Somoza, puis devenu ministre de l’intérieur une fois la révolution terminée, a installé peu à peu ses hommes de confiance autour de lui. Parmi eux, le père de Serguei Iulianov, ancien militaire puis policier de carrière. Sandiniste des premiers jours, il a choisi le prénom de son fils en hommage au peuple russe et à un livre de Dostoievski. Son second nom, en revanche, est une référence au 19 juillet 1978, date à laquelle les troupes Sandinistes sont entrées dans Managua. Pourtant, malgré la révolution, pour le jeune Serguei, la guerre a toujours fait partie du décor. « Mon frère et moi avons appris à tirer à l’âge de six ans. Nous avions même un tunnel pour sortir de la maison sans se faire voir en cas d’attaque. C’était notre cadeau d’anniversaire que d’aller vider un AK-47 au stand de tir », se souvient-il. Aujourd’hui la trentaine bien entamée, ce vendeur a les yeux qui brillent quand il repense à sa jeunesse.  « Nous nous connaissons tous dans le quartier. Dans chaque maison étaient cachées des armes. Il y a même eu des hélicoptères qui se sont posés sur le parc au centre de la place », explique-t-il de l’excitation dans la voix. 

 

Sandiniste convaincu, Serguei est allé voter dimanche pour le parti au pouvoir et son leader, Daniel Ortega. Le weekend dernier, la population est allée élire ses maires sans trop de convictions. Dans cette élection sous haute tension, où le Nuevo Diario refusera pour finir de m’accréditer de peur que: „le gouvernement pense que tu sois un espion“, l’absentéisme de l’opposition a tué toute forme de suspense. Il n’empêche que voter Sandiniste soit une forme de devoir familial pour Serguei. « Mon oncle et mon cousin étaient aussi très engagés dans la lutte révolutionnaire. Ils sont allés soutenir la révolution au Honduras financés par les basques. Les rebelles s’appelaient les Cinchoneros. Ils sont tombés dans une embuscade et sont jamais revenus » raconte-t-il. Très fier de son quartier, il nous emmène dans le bar qui fait face à sa maison. Là, tout le monde se connait. Derrière eux, des jeunes garçons jouent au football. A côté, ce sont les filles qui font du Volley et des adultes qui font du breakdance. En fond, des graffitis représentant les cubains et le Che semblent veiller sur eux. « C’est ici que nous accueillions les combattants des pays voisins. Il y a eu des guatémaltèques comme l’instructeur de tir du Che, ou des honduriens. On a aussi hébergé Pablo Escobar ici pendant un moment », rigole-t-il.  

Parmi les voisins mentionnés se trouve Fernando Redondo. Tranquillement assis sur les marches qui bordent sa maison, ce petit homme à lunette et moustache, est l’un des fondateurs de la police. Lorsqu’on lui demande son rôle exact, il se fait vague et préfère faire les louanges de Thomas Borge. « C’était notre héros. Lorsqu’il était emprisonné par Somoza, il était nu dans une prison ou tout le monde le voyait de l’extérieur mais il ne voyait rien. On lui a même arraché une testicule (Ndlr: ce point d’histoire est fortement contesté par certaines de ses conquêtes féminines )», raconte Fernando.  Par deux fois, la contra, le groupe paramilitaire soutenu par le gouvernement américain a failli les envahir. Mais, à chaque fois, le poids de l’opinion publique mondiale a fait pencher la balance en notre faveur „.  Il évoque aussi Brian Wilson, un vétéran américain de la guerre du Vietnam devenu célèbre pour avoir perdu ses deux jambes en essayant d’arrêter un train rempli d’armes de la Contra en provenance du Honduras.

Serguei nous emmène encore un peu plus loin, au Rancho Cubano qui se trouve au bout de la rue. Ici, la famille Viera, qui possède le restaurant, sont pompiers de père en fils. « Nous étions 23 pompiers avant que je rejoigne les rangs s’amuse Mario, le patriarche. Murmurant devant sa bière alors que le jukebox- en forme de guitare électrique démodé- hurle des chansons pop latino,  Mario est aussi allé voter pour Ortega dimanche. « Je me souviendrais toujours quand nous avons perdu les élections dans les années 90. Tout le monde pleurait. C’était horrible. Tous ces morts, tous ces sacrifices pour rien..» Regardant son fils Vladimir,  assis silencieusement face à lui, il s’écrie: «Les gens étaient désespérés mais on ne voulait plus la guerre, on a tous voté pour la Contra. Pour sauver nos enfants. Nous étions Sandinistes mais on voulait les protéger », se justifie-t-il. Mario fait référence au gouvernement de Violetta Chamorro, membre de la contra (le groupe paramilitaire soutenu par les Etats-Unis) qui sera élue en 1990 en promettant de mettre fin à la guerre qui déchire le Nicaragua depuis la révolution de 1978. Alors que le volume de la musique augmente encore, l’heure est aux souvenirs de guerre. Chacun d’entre eux semble se plonger dans son passé en avalant silencieusement une autre gorgée de Tonia, la bière locale.

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