La clameur du béton

Manif PAP 1La capitale haïtienne connait actuellement une série de mobilisations. Les manifestants contestent les élections législatives du 9 août dernier et réclament la démission du conseil électoral provisoire (CEP). La rue demande même la tête du président de la République, Michel Joseph Martelly.

Après les irrégularités survenues lors du premier tour des élections du sénat et des députés il y a de cela un mois, un vent de révolte souffle sur Port-au-Prince. Le CEP perd jour après jour de sa crédibilité auprès de la population. À six semaines du premier tour des présidentielles et du second tour des législatives, les résultats du premier tour ne sont toujours pas connus. Cette semaine, à l’appel du Collectif des candidats pour la lutte démocratique et d’une partie de l’opposition (Fanmi Lavalas, Fusion, Renmen Ayiti entre autres), les manifestants s’approprient le béton.

Une mascarade électorale

Si tous qualifient le scrutin du 9 août comme une mascarade et une insulte à la démocratie, Fanmi Lavalas, parti social-démocrate de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, n’exclue pas pour autant de discuter avec le CEP. Une rencontre doit avoir lieu ce vendredi 11 septembre, ce qui constitue une „impudence“ pour le reste de l’opposition.

„Nous luttons dans la non-violence contre l’instauration d’une dictature.“, Alfred Micanord

Cette même date sera d’ailleurs l’occasion pour les manifestants de participer à une cérémonie dans le quartier de Pont-Rouge, en mémoire des victimes du massacre de Saint Jean Bosco, le 11 septembre 1988.

Mercredi, les manifestants avaient marché en direction du Palais national. Ce jeudi, après avoir sillonné les quartiers populaires du bas de la capitale, le cortège s’est rendu à Pétion-Ville, devant le quartier général du CEP. Sur place, un cordon policier empêchait les trublions d’aller scander leurs slogans hostiles jusque sous les fenêtres de Pierre-Louis Opont, président du conseil électoral provisoire. Ceux-ci se sont donc contentés de faire parler le porte-voix, la musique et la danse, en se promettant de revenir le lendemain. Alfred Micanord, candidat au Sénat dans le département de l’Ouest sous la bannière Renmen Ayiti (aimer Haïti), invoque le droit inaliénable au suffrage universel direct garanti par la Constitution et le Décret électoral : „Il en va des valeurs de la République et des générations futures“.

Tout au long du parcours, des manifestants ont décollé et saccagé une à une les immenses affiches électorales, juchées sur les poteaux de l’autoroute de Delmas. Quelques policiers ont fait mine un temps de les en empêcher. „Vous devez défendre les biens. Or ces pancartes ne sont pas des biens“, a-t-on pu entendre clamer la foule à l’égard des forces de l’ordre. Pour le reste, les manifestations sont jusqu’à présent pacifiques. Aucune échauffourée n’est à signaler. Il faudra suivre de près le mécontentement des partisans de l’opposition les prochaines semaines, surtout si le CEP reste aussi flegmatique.

Forte de ces journées de mobilisation et en réponse à une déclaration de Pierre-Louis Opont, à la tête du CEP, la présidente de la Fusion, Edmonde Supplice Beauzile, se dit convaincue que la grogne de la rue finira par pousser le président du conseil électoral à la porte. Ce qui ne manquerait pas de créer un peu plus le flou à la veille d’une supposée transition démocratique. Pour l’heure, difficile de prédire l’avenir politique de la Perle des Antilles.

 

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