Les lendemains de la révolution

Je suis arrivé à Managua depuis deux semaines. Alors que le pays se remet à peine du passage de l’Ouragan Nate les orages reprennent. En pleine saison des pluies, chaque averse se transforme en catastrophe pour les habitants les plus vulnérables. En quelques minutes, les rares trottoirs deviennent impraticables. La première dame Rosario Murillo, déclame son discours sur toutes les radios et télévisions du pays. Pourtant, cette fois-ci encore, 11 personnes sont mortes dans l’indifférence plus ou moins générale. Dès que le soleil réapparait, la vie reprend son cours. Impossible à cerner, cauchemar de toute personne ne possédant pas un gps dans la tête, cette ville de seulement 1,8 millions d’habitants selon wikipédia et 1,3 selon les panneaux affichés en ville, possède un traffic digne de celui de Mexico City. Lorsque Douglas Carcache, le chef du Nuevo Diario m’accueille, il observe presque en s’excusant: „Il faudra que tu visites le pays. Au Nicaragua tout est beau sauf la capitale », rigole-t-il. Ici, les gens se repèrent au moyen d’endroits qui préexistait avant le tremblement de terre de 1972. Comme par exemple, la rue ou il y avait le magasin Villeroy and Bosch. Sur Google Maps, les rues ont pourtant bien de noms mais personne ne sait à quoi ils font référence.. 

Dépourvue de centre, vivant dans la hantise d’un prochain séisme, la capitale s’allonge dans tous les sens et sur un étage. Contrairement à Grenade ou Leon, d’anciennes villes coloniales avec un passé historique, Managua a été crée de toutes pièces aux alentours de 1850 pour mettre fin à la querelle entre les deux capitales culturelles du pays. Afin de lui donner un peu de gaieté , la première dame du pays à décider d’orner les routes d’arbres lumineux. Décriés pour leur coûts élevés, ils se dressent un peu partout. Ici, les rues se vident la nuit tombée, comme l’explique Hans Petersmann, ancien ambassadeur allemand qui a été mon hôte une semaine durant, : « Ici, les gens vivent avec la lumière du jour de 06h00 du matin à 06h00 du soir ». De sorte que , dès la nuit tombée, les rues se vident. Historiquement peu sûr, l’espace public est une notion qui n’existe pas vraiment dans la capitale Nica.

Ses habitants lui préfèrent les centres commerciaux, climatisés et clinquants qui poussent un peu partout comme des champignons. Multicentro, Las Americas, Metrocentro, et j’en passe. Un peu comme aux Etats-Unis, le divertissement y est concentré. Mais cela n’a pas toujours été ainsi, Elisabeth Thornton,   gérante de l’hôtel Ticomo et la femme d’Hans Petersmann, m’explique avec un brin de nostalgie: « Quand j’étais adolescente, dans les années 80, nous connaissions tous les propriétaires de voitures » . Se définissant à travers sa lutte contre son « grand frère » gringo, le petit Nicaragua a renversé l’ordre des valeurs que les villes occidentales appliquent avec tant d’application. Ici, point d’avenue John. F- Kennedy ou d’avenues Roosevelt. Non, les giratoires et les monuments sont érigés en l’honneur de Fidel Castro où encore Hugo Chavez. 

 

Fraîchement rénové, le port a été baptisé en l’honneur du chilien Salvador Allende. L’année dernière, la ville s’est arrêtée de respirer lorsque..  Vladimir Poutine est venu rendre visite au camarade Ortega. Presque plus encore que le tremblement de terre de 1972 qui a rasé la ville et fait 10’000 morts, c’est la révolution de 78 qui a marqué le tournant de ce petit pays. Partout, l’ombre de Sandino, le paysan qui a été le premier à prendre les armes pour s’opposer à l’impérialisme américain, plane.

Sur le mont Ticapa, la colline ou trônait l’ancien palais présidentiel de la famille Somoza, une dynastie dictatoriale qui a régné sur le pays pendant près de 45 ans, la silhouette de Sandino, est présente sous forme d’une statue de 18 mètres. Chaque citoyen du pays a participé de près ou de loin à la révolution. Alors que les élections approchent, beaucoup estiment pourtant que la révolution a été pervertie. Qu’importe, Daniel Ortega, ancien guérillero et vétéran du pouvoir, et sa femme Rosario Murillo tiennent les rênes du pays bien en main. Au point que les dés semblent déjà jetés. Désabusés, les chauffeurs du journal n’iront pas voter. „Ca ne sert a rien. J’ai mieux à faire de mon dimanche“ me dit l’un deux.  Le journal m’a demandé d’aller couvrir les élections, je vous raconterais ce que ça donne..

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