Rentrée des culottes courtes, épisode 1

Ecole Isidore Boisron

En Haïti, comme ailleurs, le gouvernement est friand de grandes déclarations. À la veille de la rentrée des classes, le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) assure que tout est fin prêt pour ces chères petites têtes frisées. Prise de température sur le terrain.

Les années se suivent et se ressemblent. En consultant les archives de la presse nationale, on a vite fait de constater que les mêmes questions se posent à chaque rentrée. Les parents seront-ils en mesure d’envoyer leurs enfants à l’école le jour J ? Les établissements scolaires sont-ils prêts pour l’accueil des élèves ? Que prévoit-on pour ceux qui n’ont pas pu acquérir les manuels scolaires ou un uniforme adéquat ?

Mardi dernier, chez les bouquinistes installés devant le bâtiment historique de la librairie Henri Deschamps (déplacée dans les hauts quartiers de Port-au-Prince après le séisme de 2010), aucun manuel subventionné par l’État n’était disponible (cf. mon reportage du 02.09.15 réalisé avec Peterson Chery pour Radio Ibo). Pourtant, le ministère a promis quelques trois millions d’ouvrages (1 million en dotation et 2 millions subventionnés) pour l’année académique 2015-2016. À ce jour, c’est de la musique d’avenir.

Uniforme unique: le temps des complications

En mars dernier, à la suite d’un débat auquel des anciens ministres de l’Éducation nationale avaient pris part, le ministère annonçait le port d’un uniforme unique et obligatoire dans les écoles publiques. Il entendait ainsi „atténuer les effets négatifs de certains stéréotypes“. Or, le constat concernant les livres scolaires est valable aussi pour les uniformes. Lors de notre visite, les marchands de tissus évoquaient des coûts exorbitants et une incapacité à se procurer les „toiles“ nécessaires à la fabrication des tuniques officielles. Chez les grossistes, comme chez les détaillants, la décision de vêtir les écoliers d’un uniforme unique crée du déficit et des complications avec l’industrie du textile. Il leur sera difficile de livrer les uniformes à temps. En attendant, cinquante mille uniformes devraient être distribués aux plus nécessiteux, si l’on en croit une autre annonce du MENFP cette semaine. Pour les autres, difficile de prévoir comment les parents surmonteront les difficultés financières liées à la rentrée scolaire.

Cour d'école Boisron
Cour de l’école nationale Isidore Boisron © Youri Hanne

Vendredi 4 septembre. À l’école nationale Isidore Boisron, l’état des lieux est désolant. Les salles de classe sont délabrées. Des déchets jonchent le sol. Des parents inquiets de leur situation économique discutent entre eux, dans le préau, comme si les cours avaient déjà repris. Un panneau de basket floqué NBA trône au centre de la cour. Sans panier. Alors que le corps professoral se réunit pour préparer la rentrée, le directeur de l’institution se veut rassurant: „Nous sommes prêts, nous confie-t-il. Une marge de tolérance prévaudra pour les écoliers qui ne portent pas l’uniforme, peut-être pour le mois de septembre. Au fur et à mesure, il faut les sensibiliser“, conclut-il.

Radio Ibo écoles publiques

Au lycée voisin du Cent-cinquantenaire, quatre peintres ont beau travailler d’arrache-pied, il leur sera difficile de remettre l’établissement à neuf d’ici au 7 septembre. Leurs couches de peinture agissent comme un cache-misère. Entre les bancs des salles de classe, des gallinacés prennent leurs aises. En attendant que les écoliers ne se réapproprient leur lieu d’apprentissage.

Youri Hanne

Note : La semaine prochaine, nous nous intéresserons aux projets d’écoles publiques construites avec l’aide de la Coopération suisse en Haïti.

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