Un air de démocratie

Après le tumultueux premier tour des législatives le 9 août dernier, c’était imprévisible. Et pourtant. Les élections de ce 25 octobre se sont déroulées dans le calme en Haïti.

Electeurs
Élections du 25 octobre 2015, Haïti, © Youri Hanne

À 6 heures du matin, les plus ponctuels des centres de vote ouvrent leurs portes avec le chant des oiseaux en fond sonore et commencent à accueillir les électeurs, un peu partout dans le pays. Ainsi, dans les écoles publiques situées sur la Route des Frères à Port-au-Prince, tout l’orchestre de cette journée électorale joue sa partition. Ce dimanche, les Haïtiens votent pour le second tour des législatives, les municipales et la présidentielle. Un enjeu énorme pour ce petit pays en quête de stabilité.

Tenue correcte exigée

Au Collège mixte des cadres évangéliques des Frères, la gardienne armée d’une matraque impose à toute personne arrivant sur les lieux de rentrer sa chemise dans son pantalon. Sécuritaire ou purement esthétique, la mesure n’est en tout cas pas appliquée dans chaque centre. Et semble dépendre de la souplesse du superviseur principal.

Dans les rues de la capitale, les casques bleus de la Minustah circulent en pick-up blancs. Les policiers sont bien visibles et sillonnent les centres de vote. À 8 heures du matin, on en compte neuf dans l’enceinte du Collège des cadres évangéliques des Frères. Des agents de sécurité électoraux s’ajoutent aux forces de l’ordre.

Toutes les trois heures, les mandataires envoyés par les partis politiques se relayent pour contrôler le déroulement du scrutin. La presse internationale a grossi ses rangs pour l’occasion. Une quinzaine d’organismes d’observation nationaux et internationaux complètent le bal.

Secret du vote pas garanti

Dans certains centres de vote, des bureaux de fortune sont aménagés en plein air, dans la cour de l’école. De précaires isoloirs constitués de paravents en carton sont disposés sur des bancs d’école. Il est facile pour les indiscrets de percevoir à qui va le vote du voisin. Dès l’une de ses premières interventions en direct pour Radio France Internationale, la journaliste Amélie Baron n’hésite pas à tacler le Programme des Nations unies pour le développement, fournisseur de ces isoloirs de pacotille. Une fois le bulletin dans l’urne, c’est de l’encre indélébile qui attend le pouce des électeurs.

À Tabarre, fief historique de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, une rumeur circule. Elle annonce la venue de la candidate de Fanmi Lavalas, Maryse Narcisse. Et celle-ci serait accompagnée d’Aristide, récemment sorti de son silence pour soutenir publiquement la candidate de son parti. Un silence qui régnait depuis son retour d’exil en 2011.

Reçu comme l’Élu

Vers 14 heures, un frisson s’empare de la foule. Plusieurs voitures font leur apparition dans l’enceinte du lycée. Et la foule comprend. Scène de liesse, les militants courent s’agglutiner autour des véhicules aux vitres teintées, tentent de deviner où se trouve leur chef d’orchestre charismatique. Lorsque Jean-Bertrand Aristide sort de sa voiture, c’est comme une star de rock’n roll qu’il est ovationné.

Aristide salue la foule
J.-B.Aristide, Tabarre © Youri Hanne

À 16 heures, les centres de vote ferment leurs portes aux électeurs. Mandataires, observateurs et journalistes y demeurent pour le dépouillement des bulletins. À la Route des Frères, l’ambiance est décontractée. En plein air, les mandataires, la trentaine pour la plupart, sont accroupis autour du superviseur de leur bureau respectif qui déclame une à une les voix attribuées aux différents candidats. Deux jeunes observateurs de l’Union européenne en chaussures montantes et gilets bleus calligraphiés en jaune participent au décompte.

Compte à rebours

Enfin, on dresse les procès-verbaux. Ces derniers devront être acheminés vers le centre de tabulation des votes où procès-verbaux seront saisis. C’est là que les projecteurs vont se braquer. Pour garantir la fiabilité des élections, cette étape est déterminante. Prudence, donc. Même si certains se risquent déjà à des pronostics, les résultats des différentes élections devraient tomber le 3 novembre, dans huit jours. L’attente sera longue.

Dépouillement
Dépouillement des bulletins, Port-au-Prince © Youri Hanne

Au niveau national, la police a procédé à 234 arrestations pour des délits divers. Treize armes à feu et quatre véhicules ont été saisis, un centre de vote a été incendié ainsi qu’une cargaison de bulletins, en province. Ce qui est peu de grabuge comparé aux dernières élections. Difficile de savoir pourquoi le scrutin du 25 octobre, où les enjeux dépassaient amplement ceux des législatives du mois d’août, s’est mieux déroulé.

Quand on veut on peut ? En tout cas, le Conseil électoral provisoire n’a pas hésité à se décerner un auto-satisfecit. Rappelons que le coût de ces élections, largement assumé par la communauté internationale, est estimé à 60 millions de dollars américains. Le second tour de l’élection présidentielle et des municipales est prévu dans deux mois, le 27 décembre. D’ici là, les Haïtiens pourront toujours siffloter les airs et les slogans publicitaires des candidats en guise d’interlude.

Youri Hanne

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