Un cadeau inespéré

Marcelus Laurentus illustre à merveille la famille haïtienne. Unis autour des aînés et proches de la terre, ses petits enfants sont la plus belle chose qui lui soit arrivée.

Il a vu le jour le 5 janvier 1947 à Calebasse, un hameau situé dans les hauteurs de Port-au-Prince. Dans ce village d’agriculteurs, Marcelus Laurentus a peu mangé du pain de l’éducation nationale. Son apprentissage scolaire s’est limité à quelques semaines de classe où Marcelus a tout juste appris à écrire son nom. Enfant, il travaillait déjà sur le lopin de terre paternel. Sa mère était sage-femme.

Tantôt cultivateur, tantôt artisan, Marcelus a eu huit enfants, une de ses filles est morte très jeune. Après le tremblement de terre qui a frappé Haïti en 2010, la maison familiale a été entièrement détruite. A la force de ses bras, il a rebâti un logis pour sa femme, Fortune Charles, et son plus jeune fils à Fort Jacques, non loin de son lieu de naissance. Deux autres fils, Marc-Elder et Lelly y ont implanté une radio communautaire qui diffuse jusqu’en haut des montagnes alentour. Aujourd’hui, Marcelus est grand-père de treize petits-enfants. Leur nombre pourrait bientôt s’agrandir. Certains de ses enfants ont encore toute la vie devant eux.

Quatre de ses petits enfants lui rendent visite chaque semaine. Les autres vivent loin ou aux Etats-Unis. A ses yeux, ses petits-enfants sont les cadeaux que la vie ne lui a pas faits. Pour Marcelus, les grands-parents représentent une force pour la famille, un véritable pilier. Il s’efforce d’enseigner les valeurs qui lui sont chères à ses petits-enfants : le respect des aînés, gérer l’influence des amis, l’amour de la patrie. Mais l’héritage, ce sont aussi des histoires qu’il raconte en jouant avec ses petits enfants, son passe-temps favori.

Ses petites filles l’appellent « Go djo ». Dans sa bouche, la petite Leilla devient « Lala », Soraya devient « Yaya ». « Lorsque je les regarde, je sais que ma vie a un sens et que j’ai accompli une noble mission sur terre », confie Marcelus. Quand il rentre à la maison après une journée de travail, ses petits enfants grimpent sur son dos et lui caressent la tête. En voyant leurs sourires, on devine facilement la scène. Une scène qui fait un peu oublier la pauvreté de cette famille qui possède peu mais vit soudée, unie autour des grands-parents.

Youri Hanne, avec Peterson Chery

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Le saviez-vous ?

En Haïti, en particulier dans le milieu paysan, l’accouchement se fait à domicile, à l’aide d’une sage-femme. Ce sont les grands-parents qui coupent le cordon ombilical des petits-enfants. Ils l’enterrent ensuite au pied d’un arbre qui porte le nom de l’enfant en héritage.

Article à paraître en version allemande dans le magazine suisse Grosseltern en décembre 2015.

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