Vu d’en haut: la paix

La chronique „Vu d’en haut“ raconte les particularités de La Paz, capitale la plus haute du monde. Dans cet épisode, plongée dans l’ambiance d’une journée d’élections.

Une lumière franche perce à travers l’interstice des épais rideaux encore tirés. Je me réveille plus tard qu’à l’accoutumée, quoique le réveil n’ait pas encore sonné. Je suis saisi de la drôle et désagréable sensation d’évoluer dans une chambre anéchoïque.

Le râle des moteurs gravissant péniblement la pente s’est bizarrement tu. Les klaxons ont cessé de ponctuer chaque accélération. Où sont donc passés les véhicules exténués s’agrippant au bitume défoncé dès l’aurore? Je parcours les quelques mètres qui séparent ma chambre du salon avec ses grandes baies vitrées. Depuis le petit appartement du 15e étage, je scrute les rues. Aucun passant ne se faufile entre les tours du quartier de Sopocachi, qui semble avoir été soudain dépouillé de toute vie. Seul un drapeau bolivien ondule silencieusement à la fenêtre du gratte-ciel d’en face.

Aucun nuage ne vient bousculer le ciel d’un bleu insolent et les rares oiseaux lui ont fait défection. Les télécabines ont cessé de glisser sur leur filin d’acier en projetant leur ombre parfois inquiétante sur les murs ocres en contrebas.

„Una grande fiesta democrática“

La sonnerie de mon téléphone vient rompre l’espace d’un instant cette dérangeante et fascinante sérénité. „Estamos aquí, te esperamos“ („Nous sommes là, nous t’attendons“), m’informe-t-on laconiquement à l’autre bout du fil. A défaut de bus, un taxi privé vient me chercher. Je monte à l’arrière du 4×4 avec mes collègues que je rencontre pour la première fois. Après un rapide échange de salutations, j’enchaîne avec un audacieux „Qué día muy lindo, verdad?“ („Quelle belle journée, non?“). „Tal vez!“ („Peut-être!“), me répond en soupirant l’un d’eux. Puis, tous retournent à leur mutisme, afin de céder la place au seul son ayant manifestement droit de cité aujourd’hui: le poste de radio.

Nous descendons alors le long toboggan routier jusqu’au fond de la vallée où se situe la rédaction. Les immeubles et boutiques des beaux quartiers se succèdent avec leurs portes closes et stores baissés. Quelques visages apparaissent parfois subrepticement entre deux allées, tels des mirages. Les bureaux de vote viennent d’ouvrir, prélude à „una grande fiesta democrática“ („une grande fête démocratique“), annonce solennellement le journaliste sur les ondes de la principale station du pays.

Quelle étrange vision d’un jour d’élections dans cette ville qui n’aura jamais aussi bien porté son nom!

Daniel Gonzalez

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