Mort d’un président à vie

Jean Claude DuvalierCe samedi matin, Jean-Claude Duvalier est mort à 63 ans. A 11h45, une courte dépêche de l’AFP a confirmé les rumeurs: «L’ancien président haïtien Jean-Claude Duvalier est mort samedi matin à Port-au-Prince d’une crise cardiaque, a annoncé à l’AFP la ministre de la santé Florence Guillaume Duperval.» Quelques éléments de contexte, sobrement choisis, rappelaient ensuite que : «Jean-Claude Duvalier a été président d’Haïti de 1971 à 1986, quand il a été renversé par une révolte populaire. Il était revenu à la surprise générale en Haïti en 2011 après avoir passé 25 ans en exil en France. Il était poursuivi depuis par la justice de son pays pour des crimes perpétrés pendant son règne.»

La nouvelle du décès de «Baby Doc», plus souvent qualifié de «dictateur» ou de «président à vie déchu» d’Haïti, s’est répandue comme une trainée de poudre dans les rues poussiéreuses de Port-au-Prince. Tout le monde savait, mais personne ne commentait. Pas de rassemblement, pas de cris ; ni devant sa demeure, ni dans les rues.

Pendant les premières heures, les commentateurs de tous bords ont retenu leur souffle. Tous attendaient sûrement de voir dans quelle direction le vent allait se mettre à souffler. Puis, le président Michel Martelly a ouvert le bal en postant un premier tweet, qui par la suite été effacé. Je me souviens avoir lu en vitesse un «malgré nos divergences», et «regrets». Les médias se sont donc référés au communiqué de la présidence où le chef d’Etat écrit être officiellement «attristé» par la perte d’un «authentique fils d’Haïti».

Authentique fils d’Haïti. Ce qualificatif a été l’étincelle qui a enflammé les opposants et les victimes du fils clan Duvalier. Politiciens et penseurs locaux se sont déversés sur les ondes des radios nationales, pendant que la «diaspora» – les Haïtiens de l’étranger – se déchainait sur le Net. Depuis hier, Twitter accueille sans distinction larmes et insultes, nostalgie et soulagement.

Jean-Claude Duvalier est mort. Il est mort sans avoir été jugé, comme le rappelle notamment le journaliste Arnaud Robert dans son article du jour. Et, jusqu’à la tenue d’un hypothétique procès posthume, les espaces virtuels #duvalier #babydoc #haiti pallient au manque de justice, de mémoire et, peut-être même, de réconciliation nationales.

Von Laure Gabus

Après un Master en histoire et politique internationales à Genève, et plusieurs stages et piges notamment au Temps et à Radio Cité, j'ai été engagée à la Tribune de Genève en septembre 2010 au sein de sa rubrique régionale. En octobre et novembre, je travaille pour la rédaction de radio Ibo à Port-au-Prince.

2 Kommentare

  1. Intéressant d’avoir un regard sur les effets de l’annonce du décès de JCD en Haïti. S’il n’y a pas eu de mouvements populaires importants suite à ce décès, c’est plutôt positif à mon avis. Et cela est certainement dû à la gestion assez juste, il me semble, du président Martelly après le retour de Baby Doc sur le sol haïtien en 2011. Finalement, Jean-Claude n’était que „le fils de“. Le vrai „président à vie“ était bien son père, François Duvalier, dont les années à la tête de la „perle des Antilles“ d’alors auront bien plus marqué le pays. Dans ce sens, le décès de Jean-Claude est symboliquement important pour Haïti, mais l’est historiquement bien moins…
    Au plaisir de lire peut-être d’autres réactions sur ton blog ces prochains jours.

    1. Merci pour ton commentaire Henri! Je me réjouis de lire tes remarques sur les prochains posts…et de confronter nos vues à mon retour. Des becs

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