Le parc de Martissant, oasis au coeur de la jungle urbaine

Il a plu durant la nuit, la route est encore détrempée. Le boulevard Harry Truman qui longe la baie de Port-au-Prince grouille de vie. A quelques mètres, la mer se cache derrière une rangée de maisons de fortune aux toits de tôle et aux enseignes colorées. Ça et là, des ravines débordant de déchets et de plastiques se fraient un chemin jusqu’à l’océan.    

Nous arrivons dans le quartier de Martissant ; avec ses 250 000 habitants, c’est le quartier le plus densément peuplé de la capitale haïtienne. C’est également l’un des plus mal famé de la ville en raison des gangs armés qui s’affrontent régulièrement sur son territoire. La voiture tourne à gauche, s’enfonce entre les petites habitations bétonnées puis s’arrête devant un large portail. Il s’ouvre et nous nous engageons soudain entre de grands arbres encerclés par une végétation luxuriante. Nous sommes dans l’ancienne habitation Leclerc, l’une des cinq propriétés qui composent aujourd’hui le parc de Martissant.

 Le parc de Martissant vu du ciel

Le parc est public depuis 2007. «Il est né à l’initiative des héritiers et des gestionnaires des propriétés qui n’y habitaient pas et craignaient de voir ces parcelles disparaître sous le bidonville», explique Lucie Couet, qui travaille sur le projet avec l’équipe de la  Fondation connaissances et liberté (Fokal) à qui l’Etat haïtien a confié l’aménagement et la gestion du lieu jusqu’à 2015.

L’habitation Leclerc n’est pas ouverte au public ; des travaux d’envergure doivent encore être entrepris. Les bungalows de l’ancien hôtel de luxe sont à l’abandon, dans l’attente d’une nouvelle vie. Les ravines ont déjà été assainies et l’eau s’écoule à travers le domaine comme un ruisseau. Une image trop rare. RésidenceLeclerc

Sur les hauteurs, des jardiniers s’activent sous la serre de la pépinière. On y croise Christine Chenet, une paysagiste qui travaille pour la Fokal. Elle est venue chercher des plantes pour redonner vie au jardin du Centre d’art entièrement détruit par le tremblement de terre de 2010 et dont la reconstruction vient de commencer. «Quand je viens ici, tout mon stress disparaît et c’est le bonheur d’être dans cette nature, dans cette jungle, c’est extraordinaire, ça n’arrive pas à tout le monde tous les jours», confie-t-elle.

 

A quelques mètres de là, des étudiants concentrés révisent leurs leçons sur l’esplanade du Mémorial aménagé sur le domaine de l’ancienne résidence de l’architecte Albert Mangonès. «Je ne suis pas à l’aise pour réviser à la maison, mais ici je me sens à l’aise», explique l’un d’eux. L’espace a été aménagé en mémoire aux victimes du tremblement de terre du 12 janvier 2010 et ouvert au public depuis trois ans. L’artiste Pascale Monnin, Suissesse d’origine et Haïtienne d’adoption, a caché des sculptures aux quatre coins du jardin. Des croix tombales en bois indiquant le nom des différents quartiers de Martissant ont été plantées, ainsi que des  Ilang-ilang, des arbustes tropicaux qui «donnent une odeur très suave à l’heure où le soleil se couche, à l’heure du tremblement de terre», explique Lucie Couet.  

Masques de Pascale Monnin

A quelques mètres de là, sur la parcelle de l’ancienne propriété de la chorégraphe américaine Katherine Dunham, une médiathèque s’apprête à ouvrir ses portes. Un peu plus haut, un jardin de plantes médicinales accueille déjà des visiteurs. Il héberge toutes les espèces vertueuses de l’île et quelques herbes exotiques venues du reste du monde. Toutes sont capables de soigner les maladies courantes en Haïti : problèmes de peau, digestifs, locomoteurs… «Il fut un temps où les Haïtiens utilisaient ces plantes pour se soigner, explique Christine Chenet. Mais il y a désormais un problème de dosage, les gens ne savent plus si utiliser une feuille ou dix feuilles et cela peut être carrément dangereux. Il y a aussi une tendance à utiliser les médicaments bon marché qui viennent d’Inde où de je ne sais pas où. Il faut s’en débarrasser et retourner à nos traditions.»

 Jardin de plantes médicinales

Partout à l’intérieur du parc de Martissant, des personnes s’activent à l’entretien et à l’aménagement de l’endroit. La plupart sont des habitants du quartier. «Le parc est le levier d’un projet plus vaste qui essaie d’améliorer la vie des gens qui résident autour du parc, près de 45 000 personnes, continue Lucie Couet. Nous travaillons beaucoup avec les habitants du quartier, ce sont vraiment des alliés. Ils connaissent les questions d’organisation, de sécurité, le travail de la justice et de la police. C’est l’interlocuteur le plus efficace pour faire avancer le projet. La population apprécie le parc parce qu’il valorise Martissant qui est un quartier très mal vu et que les Haïtiens continuent à ne pas vouloir fréquenter, surtout la nuit.»

Lucie Couet ne nie pas les problèmes, mais croit en son projet. «Martissant est un quartier difficile mais en même temps, il y a beaucoup de possibilités de développement», explique-t-elle en désignant la proximité avec le cœur de Port-au-Prince et en décrivant le réseau d’eau de la capitale qui transite à travers le quartier.

Ecoutez le reportage diffusé sur Radio Ibo le 6 novembre 2014 (audio sans le lancement):

 Reportage Fr Laure GABUS 6 Nov 14Vue sur Martissant

 

 

 

 

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