Fragments d’opposition

Daniel Ortega dirige le Nicaragua depuis 2006. Près de dix ans de pouvoir sans interruption. Une décennie rendue possible grâce à la bénédiction de la Cour constitutionnelle, à majorité sandiniste, qui lui a permis de se représenter malgré la limitation des mandats présidentiels. Moins d’un an des élections générales, personne ne semble en mesure de venir bousculer le Front sandiniste de libération nationale (FSLN). En cause: l’éclatement de l’opposition politique.

Ce jeudi, les leaders des différents partis étaient de passage à la rédaction du Nuevo Diario pour une visite de courtoisie. Regroupés sous la bannière d’Unidad Democrática, ils sont venus exposer leur stratégie d’unité et rappeler à la presse son rôle de quatrième pouvoir.

Unidad Democrática a noué des contacts avec l’opposition vénézuélienne qui espère mettre fin à 16 ans de révolution bolivarienne et reprendre le pouvoir au continuiste Nicolás Maduro. Fragmentée en 26 organisations en 2009, les forces d’opposition sont parvenues à s’unir et à imposer un candidat crédible, Henrique Capriles, qui est parvenu à diminuer l’écart électoral avec le parti bolivarien au pouvoir.

C’est sur cette expérience que souhaiterait bâtir Alfredo César. Le président du Parti conservateur est un vieux de la vieille. Membre de la première Junte gouvernementale après le déboulonnement du dictateur Somoza en 1979, ex-président de la Banque centrale, il espère ré-insuffler un peu d’enthousiasme démocratique dans un pays qui se mure peu à peu dans l’apathie. Quelque 40% des Nicaraguayens se disent indifférents au sort politique du pays, selon un récent sondage de CID Gallup.

Une masse silencieuse que les leaders d’Unidad Democrática espèrent capter en organisant des élections primaires. „Il y a eu beaucoup de mensonges. La population est frustrée, elle se sent exclue du jeu électoral. Nous devons créer cette loyauté, permettre à la population de s’approprier le sentiment démocratique“, entonne Alfredo César devant un parterre d’alliés de circonstance. Hormis le rejet du parti au pouvoir, on peine encore à voir quel projet pourrait rassembler libéraux, conservateurs, chrétiens-sociaux et le mouvement des 3 révolutions (centre-gauche).

Dans la salle de réunion – sous les lunettes impassibles de Pedro Joaquin Chamorro, fondateur du journal La Prensa, assassiné en 1978 par Somoza, qui surplombe tout le monde du haut de son cadre – les têtes grises sont bien majoritaires. On s’écoute parler. Outre Alfredo César, on compte également deux anciens présidents de l’Assemblée nationale. Pas évident d’incarner le changement avec un tel casting. Au Nicaragua, 70% de la population à moins de 35 ans. Elle n’a donc ni connu la fin de Somoza ni l’avènement de la révolution sandiniste. Vous avez dit nouvelles références politiques?

Adrià Budry Carbó

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